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Lutte contre la dépigmentation artificielle : qui pour être Kagamé ?

Lutte contre la dépigmentation artificielle : qui pour être Kagamé ?

Un engagement fort
La décision courageuse du président Paul Kagamé de s’attaquer frontalement à la dépigmentation cosmétique volontaire est à saluer à plus d’un titre. Depuis plus de quatre décennies plusieurs voix autorisées ont informé, alerté non seulement les populations mais aussi les autorités étatiques sur les dangers de l’utilisation à visée cosmétique de produits dépigmentant mais force est de constater que toutes les alertes sont restées inaudibles. Heureusement que le charismatique président rwandais déclarait le 25 novembre dernier, que son administration avait la ferme volonté de retirer le blanchiment de la peau des habitudes cosmétiques des Rwandais. Confirmant ses propos, son ministre de la Santé, Dr Diane Gashumba, a précisé qu’une loi régissant l’utilisation de ces produits chimiques est déjà entré, en vigueur et que certaines instances réglementaires comme la Food and Drug Authority et le Rwanda Standards Board, seront mobilisées.

Une condamnation à l’échelle internationale
Avant, la FDA rwandaise, la FDA (Food and Drug Administration) américaine, avait été saisie le 01er novembre 2017, par des dermatologues américains de l’Université de Georgetown de Washington qui rapportaient au FDA un cas de mésusage de dermocorticoïdes chez une patiente d’origine afro-américaine. En outre, ils signalaient que ces médicaments provenaient de boutiques spécialisées pour produits africains où ils étaient en vente libre.

Il faut rappeler qu’aux États-Unis, la réglementation de la Food and Drug Administration (FDA) exige que les dermocorticoïdes puissants ne soient accessibles que sur prescription médicale en raison d’effets néfastes potentiels. Cette lettre adressée à la FDA a été très largement reprise par la presse. Ce qui dénote de la volonté d’un équilibre dans le traitement de l’information concernant la prévention des risques sanitaires quelque soit le groupe ethnique.

Hélas, malgré l’impact sur la santé publique…
Les alertes sont restées lettre morte depuis plusieurs décennies sur ce continent qui paie un lourd tribut aux complications médicales de la dépigmentation volontaire. En effet, depuis plusieurs années, les professionnels de la santé se sont insurgés contre le fait que les dermocorticoïdes soient utilisés comme cosmétiques alors qu’ils étaient des médicaments et le fait que l’hydroquinone soit utilisé comme ingrédient dans la fabrication des produits cosmétiques. Aucune mesure concrète n’a été prise par les autorités ni pour réglementer la publicité des produits dépigmentant ni pour interdire la vente de ces médicaments détournés de leur usage. Pour sa part, l’union européenne a interdit depuis 2001 l’utilisation de l’hydroquinone dans la fabrication des produits cosmétiques. Pourtant, de nombreux produits dépigmentant seraient fabriqués en Europe avant d’être exportés vers l’Afrique…

La lutte contre les médicaments de la rue devrait intégrer les dermocorticoïdes utilises à visée cosmétique.

D’autres pays avant le Rwanda…
Certes d’autres pays comme l’Afrique du Sud, la Gambie, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Kenya et le Ghana ont tenté de s’attaquer à ce phénomène avec des résultats mitigés. Pour la Gambie, après l’effet d’annonce, la pratique a continué de plus belle, pour la Côte d’Ivoire seuls les produits contenant de l’hydroquinone sont interdits tandis qu’au Burkina-Faso, même si la publicité des produits dépigmentant est interdite, la fréquence du phénomène ne semble pas avoir baissé. En Afrique du Sud, au Kenya et au Ghana les résultats semblent être plus encourageants.

Mais toujours pas le Sénégal…
Au Sénégal, les conséquences sanitaires sont à présent bien connues des populations grâce, en partie, à une sensibilisation continue depuis de nombreuses années. L’association A.I.I.D.A a pour sa part joué sa partition depuis bientôt 17 ans. Les sociologues, journalistes, membres de la société civile, bref toutes les franges de la société se sont toujours indignées de l’absence de réaction de la part des autorités étatiques. Pourtant, au Sénégal, en 2018 encore, les études scientifiques ont confirmé non seulement l’ampleur du phénomène (plus de 60% à Kaffrine, plus de 50% aux Parcelles Assainies), mais également l’association aux cancers cutanés et le coût économique élevé. Malgré tout, le Sénégal demeure le grand absent de la lutte contre la dépigmentation en Afrique. L’État et les collectivités locales gagneraient à emboiter le pas aux autres pays pour des actions concertées permettant de prendre à bras le corps ce phénomène de mode devenu priorité de santé publique par la force des choses. Sinon, l’histoire retiendra que le Sénégal, pays indépendant depuis 1960, ou fût érigée l’une des premières facultés de Médecine d’Afrique, qui avait l’un des systèmes de santé les plus performants d’Afrique, une politique d’hygiène et de santé publique citée en exemple dans le monde a préféré augmenter les taxes sur les produits dépigmentant au lieu de les interdire. L’histoire retiendra que l’État du Sénégal a hypothéqué l’avenir de ses enfants, a préféré les bénéfices tirés de la fabrication, de la vente et de la publicité de produits toxiques à la santé de sa population. Enfin, l’histoire retiendra la contradiction manifeste dans la politique sanitaire du Sénégal qui d’une part fait de la lutte contre les maladies non transmissibles, dont le cancer, une priorité et d’autre part favorise la survenue des cancers cutanés en permettant la vente de produits toxiques pour la peau.

Le succès passe par des actions concertées à l’échelle africaine…
Signataires de la charte des NU pour l’atteinte des ODD, les pays d’Afrique subsaharienne doivent s’engager activement dans la lutte contre la DCV et ses conséquences sanitaires pour être au rendez-vous de 2030. En effet, la poursuite de cette pratique constitue une entrave à l’atteinte des objectifs 1, 3, 5,10 et 14 déclinés par les Nations unies. Pratiquement tous ces objectifs ont une composante sanitaire ou contribueront à améliorer la santé mondiale. Or, la bonne santé des populations, passe par la prévention des pathologies liées aux comportements telles que les pathologies associées à la DCV.

L’interdiction des produits dépigmentant et leur retrait du marché des cosmétiques est impérative. Toutefois une implication des femmes pour leur adhésion et leur appropriation des actions envisagées (cosmetovigilance, règlementation du secteur, notamment du secteur de la publicité) sera un gage de réussite. Le président Kagamé pour tous les actes posés depuis son accession à la tête de l’UA est certainement celui qui incarne le plus ce leadership.

Mais attention cette bataille ne sera pas facile.
La bataille sera rude mais mérite d’être gagnée et le président rwandais, président de l’UA donc des africains saura user de son charisme pour inviter ses pairs africains à venir à bout de ce fléau, véritable peste et cholera du XXI éme siècle.

Sur leur chemin la dure réalité économique avec les pertes d’emploi, le lobbying de certaines industries cosmétiques menacés de mettre la clé sous le paillasson. La baisse des recettes douanières mais aussi l’addiction de certaines femmes aux produits dépigmentant…

À titre d’exemple, rappelons le cas de la France en 2015 où malgré que l’académie nationale de Médecine ait prôné l’interdiction totale des cabines de bronzage à visée esthétique, le syndicat des professionnels du bronzage s’était fortement mobilisé. Il a fallu attendre 2018 pour que l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) demande « aux pouvoirs publics de prendre toute mesure de nature à faire cesser l’exposition de la population aux UV artificiels » devant le risque de cancer « avéré ». Mais il existe d’autres exemples encourageants dans la lutte des pathologies liées aux comportements. Ainsi, le Brésil et l’Australie ont réussi à faire interdire l’usage à visée esthétique des cabines de bronzage respectivement en 2009 et 2014. Rappelons que ces dernières sont incriminées dans la survenue de mélanome qui est le cancer cutané le plus mortel. L’OMS a même classé les UV des cabines de bronzage comme cancérogènes depuis 2009 car ils augmentent de 75 % les risques de mélanome, la forme la plus agressive du cancer de la peau. Dans un souci d’équité, l’OMS devrait également se pencher sur les PD dont l’usage au long cours est associé aux carcinomes épidermoïdes chez les sujets de phototypes VI c’est à dire les sujets noirs. Gageons que l’Organisation mondiale se penchera sous peu, et pas à visée cosmétique seulement, sur cette problématique.

Pr Fatimata Ly,
Dermatologue,
Présidente de A.I.I.D.A
lyfaty@yahoo.fr

lire aussi: Le nouveau code général des impôts renvoie aux calendes grecques la lutte contre les produits dépigmentants !

Réferences :

1. Ly F, Diousse P, Ndiaye C, Déme A, Diatta BA, Ndiaye MT, Diallo M, Diop A, Kebe AD, Fall F, Kane A. Cutaneous squamous cell carcinomas (SCC) associated with cosmetic skin whitening: 8 cases reported in Senegal.Ann Dermatol Venereol. 2018 Feb;145(2):83-88.

2. Fatimata Ly .Dépigmentation Cosmétique Volontaire (DCV) : enjeux sanitaires, pratiques, motivations et ébauches de solutions. La Peaulogie, n °1 Juillet  2018 . 

3. https://www.who.int/phe/news/sunbeds-skin-cancer/fr/ 

4. Ngom N B, Wone I, Ly F et al Prévalence et facteurs associes a la depigmentation cosmetique volontaire dans la commune urbaine de kaffrine ( senegal ), Communication 1er Congres de la SOSEDEV, Dakar Juillet 2018. 

5. Fall F, Prévalence et facteurs associes a la dépigmentation cosmétique volontaire dans la commune urbaine des Parcelles Assainies. Thèse Médecine n° N°153, Faculté de Médecine, Pharmacie et Odontologie UCAD, 2018 Dakar. 

6. Burke KT, Fricke MA, DeKlotz CMC. Prescription-strength topical steroids sold without prescription. JAMA

Le nouveau code général des impôts renvoie aux calendes grecques la lutte contre les produits dépigmentants !

Le nouveau code général des impôts renvoie aux calendes grecques la lutte contre les produits dépigmentants !

En 2015, le marché des produits dépigmentants (ou éclaircissants), à l’échelle mondiale, vaudra 10 milliards de dollars (5000 Milliards de francs CFA), un enjeu économique énorme pour les industries cosmétiques ! Les entreprises spécialisées dans la fabrication de ces produits cosmétiques sont implantées essentiellement dans les pays développés mais elles sont également retrouvées dans les pays en développement dont le Sénégal. Ces dernières années, une profusion de produits cosmétiques soi-disant spécialisés pour les peaux noires et métissées a fait son apparition sur le marché dans les grandes villes africaines, européennes, américaines et asiatiques.

« Achetées à Paris »

Il convient de préciser d’emblée que les différences structurelles et physiologiques entre d’une part les peaux noires et métissées et d’autre part les peaux blanches sont minimes en dehors de la différence notable en mélanine, pigment majeur responsable de la couleur de la peau. Ainsi donc les produits cosmétiques, quelque soit leur forme (savon crème, gel, lotion, pommade et lait) conçus pour la peau blanche sont tout à fait adaptés aux peaux noires et métissées. Les arguments brandis par les fabricants de produits cosmétiques dits « spécifiques des peaux noires et métissées » sont purement commerciaux et ne reposent sur aucune base scientifique ! Ces arguments cachent simplement la volonté de mettre sur le marché des produits éclaircissants sans avoir l’air d’y toucher ! Il faut simplement préciser que la plupart de ces produits dits spécialisés pour les peaux noires et métissées sont recensés comme produits dépigmentants par l’AFSSAPS* (Agence Française de Sécurité Sanitaire des produits de santé) et le GTPN** (Groupe thématique peau noire de la Société Française de Dermatologie). Ces listes sont disponibles sur les sites internet de ces groupes, en les consultant on y retrouvera ces produits dits « haut de gamme ! », « achetés très chers !» « à Paris ! » mais qui contiennent néanmoins de l’Hydroquinone et ou du propionate de clobétasol (corticoïde de très forte activité). Actuellement, on assiste à une profusion de ces produits cosmétiques dépigmentant (QEI*Paris, Pr Françoise Bedon Carotte*, Makari de Suisse*) sur le marché sénégalais avec une stratégie marketing agressive, une publicité outrageuse et mensongère qui font croire aux consommateurs que ces produits sont haut de gamme donc dénués de risque sanitaire ! Cependant, les composés retrouvés dans ces produits dits haut de gamme sont identiques pour la plupart aux autres produits dépigmentants car il est IMPOSSIBLE de fabriquer des produits dépigmentants à l’échelle industrielle SANS Hydroquinone SANS Corticoïde et SANS Mercure ! Certes, il existe d’autres produits dépigmentants tels que l’arbutine et l’acide Kojique, mais dont les coûts limitent la fabrication industrielle. En tout état de cause, les fabricants ne semblent guère préoccupés par la santé des consommateurs dont le droit à l’information n’est pas respecté. En effet, ni l’emballage ni l’étiquetage ne respectent les normes requises (mention illégale ou non conforme, imprécision de la composition et concentrations des ingrédients), ce qui serait inconcevable si les produits étaient commercialisés au niveau des pays développés.

Les consommateurs (trices) berné(e) s

Les consommateurs (trices) sont souvent berné(e) s par une publicité mensongère qui fait croire qu’il y aurait des produits dépigmentants de qualité supérieure parce que plus chers. Les mêmes types de complications dermatologiques sont observés avec les produits précités. Malheureusement, les consommateurs ne sont pas informés des dangers liés l’usage au long cours de ces produits dépigmentant ; et il faut déplorer à ce niveau l’inertie des associations de consommateurs. Il est à noter que d’une manière générale les associations consuméristes
ont tendance à se mobiliser plus pour les denrées de première nécessité, les services de consommation courante (eau, électricité et téléphone) que pour les produits qui ont un impact négatif sur la santé des populations (produits cosmétiques dépigmentants, médicaments de la rue, bouillons culinaires, ..). En dehors des associations consuméristes, l’état sénégalais doit se porter garant des intérêts des citoyens, en particulier veiller à la santé des populations par une prévention des risques sanitaires. En quoi faisant ? en assainissant le marché des produits cosmétiques, notamment par l’interdiction de l’utilisation de médicaments à visée cosmétique, en incitant les industriels du secteur cosmétique à respecter les normes industrielles, en interdisant (à l’instar du Burkina Faso) la publicité des produits dépigmentants, en informant le consommateur sur les dangers liés à l’usage des produits dépigmentants. La réalité est que les enjeux économiques sont énormes ! Et l’état ne semble pas encore prêt à renoncer aux recettes substantielles que génèrent les taxes sur les produits cosmétiques dépigmentants. En effet, les récentes modifications intervenues dans le code des impôts renvoient aux calendes grecques l’interdiction de la commercialisation des produits dépigmentants. A la lecture du nouveau code général des impôts 2013, en particulier dans ses articles 441 et 442 du CHAPITRE IX portant sur la TAXE SUR LES PRODUITS COSMETIQUES, on est tenté de croire que la route est encore longue qui mène à adopter une législation sur la régulation des produits cosmétiques dépigmentants : Concernant le Champ d’application , il est mentionné à la SECTION I ( Article 441) que la taxe s’applique notamment aux produits suivants : les produits de beauté ou de maquillage préparés et préparations pour l’entretien ou les soins de la peau, autres que les médicaments, y compris les préparations antisolaires et les préparations pour bronzage, pour bains et douche et préparations pour manucure ou pédicure ; Concernant le taux, il est mentionné au niveau de l’Article 442 de la section II que le taux de la taxe est fixé à 10%. Toutefois, ce taux est porté à 15% pour les produits dépigmentants figurant sur une liste établie par arrêté conjoint du Ministre chargé des Finances et du Ministre chargé de la Santé. Nous ne pouvons nous empêcher de faire au moins deux commentaires : Tout d’abord, au niveau de l’article 441, les médicaments sont exclus des produits cités dans le champ d’application de la taxe sur les produits cosmétiques. Les corticoïdes sont des médicaments donc comme tels ne devraient pas être inclus dans le champ d’application mais ne devraient pas également être commercialisés en dehors du circuit officiel du médicament.

« L’état cautionne -t -il ces produits »

Ensuite au niveau de l’article 442 ou le taux de la taxe est fixé à 10% à l’exception des produits dépigmentant ce qui semble vouloir dire que l’état cautionne l’importation et la commercialisation des produits dépigmentants malgré leur impact négatif sur la santé des populations. En outre dans le même article 442, il est précisé que la liste des produits dépigmentants sera établie par arrêté conjoint du Ministre chargé des Finances et du Ministre chargé de la Santé. Il parait paradoxal que le ministère de la santé et de la Prévention conscient des effets sanitaires néfastes de la dépigmentation établisse une liste de produits dépigmentants autorisés au détriment de la santé des populations indépendamment du coût économique de la pratique de la dépigmentation artificielle. Ce coût économique représente 18% du revenu des ménages (Douzima PM et al 2008) et comporte le coût direct de l’achat des produits dépigmentants, le coût indirect de la prise en charge des complications médicales de la dépigmentation artificielle (Xeesal). Donc autant d’argent détourné de l’alimentation, de la scolarisation, de l’hygiène et autres besoins élémentaires de la famille qui permettrait de réduire le gap nous séparant des OMD à défaut de les atteindre. Cet enjeu économique de la dépigmentation artificielle est énorme et les lobbies s’exercent de toutes parts face à la hausse récente des taxes.

Conscients des enjeux économiques que pourrait induire la hausse des taxes sur leurs activités, les industriels spécialisés dans la fabrication de produits cosmétiques ont réagi par une lettre adressée au ministre du commerce et du secteur informel. Dans cette correspondance, les industriels prônent «l’annulation immédiate de ces taxes et la mise en place d’une exonération systématique de la taxe sur l’alcool pour la parfumerie Â…». En plus de booster la compétitivité, l’annulation de ces taxes permettrait de sauver les 5000 emplois directs que génère ce secteur. Il est tout à fait légitime pour ces industriels de protéger leur secteur d’activité mais autant il faut favoriser l’entreprenariat national par une réduction des taxes, autant il faut se soucier de la santé des populations à court, long et moyen terme. Or annuler les taxes reviendrait à rendre encore plus accessibles les produits dépigmentants (donc éclaircissants) dont l’effet délétère sur la santé des consommateurs n’est plus à démontrer.

Fatimata Ly
Dermatologue-Vénérologue Maitre de Conférences Agrégé à la FMPO de l’UCAD de Dakar
Présidente de l’Association Internationale d’Information sur la Dépigmentation Artificielle (A.I.I.D.A)
contactaiida@yahoo.fr
Références :
1/ http://ansm.sante.fr/S-informer/Presse-Communiques-Points-presse/Mise-en-garde-sur-les-risques-lies-a-la-pratique-de-depigmentation-volontaire-de-la-peau-Communique (2011)
2/ SFD : Liste dépigmentation, par le GTPN Liste de spécialités utilisées dans un but cosmétique et ayant été signalées comme contenant des substances éclaircissantes médicalement dangereuses. Groupe Thématique « peau noire » de la Société Française de Dermatologie, mai 2011.
3/Code général des impôts (texte de loi votée le 27 Janvier 2012)
4/ Pierre Marie Douzima Etude du poids économique de la dépigmentation artificielle sur le revenu des ménages : cas des femmes vues au service de Dermatologie du centre de Santé de l’Institut d’Hygiène Sociale de Dakar 2009.

Contribution publiée en juillet 2017 par www.dakaractu.com

LA RÉQUISITION

LA RÉQUISITION

La réquisition c’est l’injonction faite par une autorité compétente (le REQUÉRANT) à une personne, un établissement ou organisme privé ou public ou une administration publique (le REQUIS) d’effectuer une tâche précise (la MISSION) en vertu de l’application d’une loi (la BASE LÉGALE).

La réquisition doit être écrite ; elle peut être verbale (au téléphone) quand c’est urgent (dans l’attente de la notification écrite).
Elle doit contenir les éléments suivants :
• L’identité et fonction du requérant ;
• L’identité de la personne requise : la réquisition est nominative ;
• La base légale : citer le texte de loi qui permet la réquisition ;
• La mission : ce qui est demandé à la personne requise ;
• La date et la signature du requérant.

RÉQUISITION DU MÉDECIN

Elle peut se faire dans le cadre judiciaire ou administratif.

1- L’AUTORITÉ REQUÉRANTE
• Réquisition judiciaire : Le Magistrat (juge, Procureur de la République), l’Officier de Police judiciaire.
• Réquisition administrative : Le Gouverneur, le Préfet, le Sous-préfet, le Maire, etc.

2- LA PERSONNE REQUISE
Tout médecin peut être requis quel que soit sa spécialité ou son mode d’exercice

3- LA MISSION
L’autorité requérante décide du contenu de la mission. Entre autres missions on peut avoir :

Dans le cadre judiciaire

  • Examiner une victime et décrire les blessures ;
  • Examiner une personne en garde à vue ;
  • Découverte de cadavre (levée de corps ; autopsie)
  • Recherche de signes d’ivresse chez quelqu’un ;
  • Procéder à un acte diagnostic ou de soin : prise de sang et remettre le tube ; analyse de laboratoire

Dans le cadre administratif
La réquisition peut se faire dans le cadre du maintien de l’ordre public, assurer la continuité des services publics, assurer la satisfaction des besoins essentiels de la nation.

4- POINTS PARTICULIERS
Obligation d’exécuter la mission sauf dans les cas de :

  • Force majeur ;
  • Incompétence technique avérée ;
  • Incapacité physique du médecin.

Obligation d’exécuter personnellement la mission : le médecin ne peut déléguer la tâche à quelqu’un d’autre.

Nécessité de rester dans les limites de la mission. La réquisition ne délie que ponctuellement du secret professionnel. Le médecin est passible de poursuites pour violation du secret médical au cas où il va au delà de la mission.

Nécessité d’avertir le patient que son examen se fait dans le cadre d’une réquisition. Ainsi, le patient peut refuser cet examen.

La nécessité de prêter serment dans le rapport qui sera remis: le technicien inscrit sur la liste des experts ne prête pas serment.

Auteur: Dr Amadou SOW, dramadosow@gmail.com

LE CONSTAT DE DÉCÈS: Contexte sénégalais

LE CONSTAT DE DÉCÈS: Contexte sénégalais

Juridiquement, seul le médecin est habilité à attester qu’une personne est morte. Ainsi dès qu’il délivre un certificat de décès, il déclenche toute une cascade d’actes et de décisions administratifs ou judiciaires.
Le médecin a une lourde responsabilité puisqu’une erreur d’appréciation de sa part peut selon les cas : disculper un coupable ; faire perdre un droit ; faire bénéficier indûment d’un avantage…


Il s’agit pour le médecin de constater le décès de la personne et de dire la nature de sa mort. Si le premier acte est dans la plus part du temps facile, cela ne l’est pas toujours pour le dernier.
A priori, tout médecin est en mesure de poser le « diagnostic » de la mort qui est l’arrêt total et définitif des fonctions vitales. En d’autres termes l’arrêt cardio-circulatoire, respiratoire et neurologique. Avec, pour chaque entité, les signes négatifs qu’il recherchera.


Après avoir constaté la mort réelle de la personne, le médecin devra se prononcer sur la nature de cette mort qui peut être naturelle ou violente. S’il s’agit d’une mort naturelle le médecin délivre le certificat de décès. Cependant, si le médecin a un doute sur le caractère naturel de la mort ou s’il a la certitude que c’est une mort violente, il doit s’abstenir de délivrer le certificat de décès sous peine de poursuites judiciaires.


Une mort naturelle est toute mort qui survient sans l’intervention d’un tiers (autrui ou la personne décédée elle-même). En principe, le diagnostic de mort naturelle ne pose pas de problème si le malade est connu du médecin (hospitalisé ou suivi pour une pathologie susceptible d’évoluer vers la mort). Toutefois, il faut se méfier de l’arbre qui peut cacher la forêt. Contrairement au décès survenu à l’hôpital, il n’est pas toujours facile pour le médecin qui qui fait le constat de décès à domicile de cerner les circonstances de la mort. Ce qui pose la problématique des constats de décès à domicile.


Que doit faire le médecin qui constate un décès à domicile ou lors d’une découverte de cadavre? D’abord, il doit poser le « diagnostic » de la mort. Ensuite, il recueille tous les éléments qui peuvent lui permettre de se prononcer sur la nature de la mort. Si à la fin de cet exercice, il n’arrive pas à conclure que la mort est naturelle, il notifiera un obstacle médico-légal (OML) à l’inhumation. Pour ne pas saper la suite des événements, le médecin doit veiller pendant son action à ne pas perturber la scène de crime (le cadavre et son environnement). La notification de l’existence d’un OML déclenche une procédure qui aboutit à l’entrée en jeu du médecin légiste.
Il faut signaler que les modèles d’imprimés de Certificat de décès dont la plupart des structures sanitaires disposent, ne sont pas adéquats. Le bon modèle prévoit une case à cocher en cas d’OML. Donc le « refus » de délivrer un certificat de décès sera l’équivalent de la notification d’OML.

Sur réquisition de l’autorité compétente, le médecin légiste procédera à la Levée de corps. La levée de corps est l’examen externe du cadavre, dès sa découverte, en place et sur place, avant toute mobilisation. Cette levée de corps a pour objet de recueillir des renseignements sur le délai post-mortem, les circonstances et la forme médico-légale (nature) de la mort et d’obtenir des éléments d’identification du cadavre. Après la levée de corps la procédure se poursuit, ce qui aboutira à une autopsie médico-légale (AML).
C’est à la fin de l’AML que le médecin légiste rédigera le certificat de Genre de mort. Le Genre de mort ou forme médico-légale de la mort sera selon les cas soit une mort naturelle, soit une mort violente qui peut avoir diverses causes. Il peut s’agir d’une mort violente d’origine entre autres: toxique (empoisonnement, suicide) ; accidentelle (accident de la voie publique, accident de travail) ; asphyxique (pendaison, strangulation, noyade).

Auteur: Dr Amadou SOW; dramadousow@gmail.com

LES AGRESSIONS SEXUELLES : LE VIOL

LES AGRESSIONS SEXUELLES : LE VIOL

Le code pénal sénégalais en son article 320 dispose: «Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol ».
Le viol appartient à la grande entité des agressions sexuelles desquelles il se distingue par la pénétration sexuelle.
Nous signalons d’emblée qu’il n’appartient pas au médecin de qualifier l’infraction –ce n’est pas au médecin de dire s’il y a viol ou pas- ; ce qui est du domaine exclusif du juge. Toutefois, il est demandé au médecin de fournir au juge tous les éléments qui lui permettront de retenir l’infraction –seul le juge peut dire s’il y a viol ou pas-.
Dans le cas de suspicion de viol, le médecin doit, plus que jamais, porter sa casquette d’auxiliaire de justice en fournissant dans la plus grande circonspection tous les renseignements qui peuvent aider à la manifestation de la vérité. Des constations du médecin découleront des actions à trois niveau : thérapeutique (somatique), psychologique et judiciaire. Ainsi, le médecin qui examine sur réquisition ou sur demande de la victime ou de son représentant légal doit avoir une démarche qui se fonde sur ce trépied. Il ne doit pas hésiter à prendre l’avis de spécialistes au besoin.
Comme tout examen médical, l’examen de la personne violée comprend :

INTERROGATOIRE


Cette phase permettra de recueillir des informations sur les circonstances de survenue du viol et sur les antécédents de la personne. Entre autre, Il faudra s’informer sur : l’existence ou non d’une pénétration; «objet» (pénis ou autre); la voie (vaginale, anale, buccale) ; l’utilisation ou non de préservatif ; éjaculation ou pas ; nombre de rapports. Il faudra préciser la date des dernières règles ; la prise de contraception ou pas ; la date des derniers rapports sexuels consentis ; toilettage intime après agression ou pas ; le statut sérologique et vaccinal.

EXAMEN CLINIQUE


Commencer par l’examen général en appréciant le niveau de conscience (perturbations pouvant faire évoquer une soumission à une substance chimique) et l’examen des téguments et muqueuses (recherche de lésions traduisant la violence ou la contrainte utilisées par l’agresseur).
L’examen génital permettra de rechercher les signes de virginité (attention aux atypies) et les signes de défloration qui évoluent dans le temps (ecchymoses, déchirures, hémorragie, suppuration, cicatrisation). Il faudra rechercher les lésions associées (plaies et déchirures vaginales, déchirures périnéales postérieures…) d’où l’intérêt de l’examen au spéculum.
Il faudra examiner la marge anale et au besoin procéder à un toucher rectal pour apprécier le tonus du sphincter.

LES EXAMENS COMPLÉMENTAIRES


Dans la limite du possible, les prélèvements doivent se faire concomitamment avec l’examen clinique. Ils seront à visées judiciaire (confirmation des faits, identification auteur) et médicale (prise en charge initiale et suivi).
Ainsi, en fonction des circonstances on fera les prélèvements suivants : sperme (vagin, bouche, anus,…) ; sang ; urines ; écouvillons ; cheveux; prélèvement vaginal pour bactériologie, etc.

PRISE EN CHARGE DE LA VICTIME


•Prise en charge psychologique : à débuter par le médecin ; penser à se faire relayer par un spécialiste.
•Au besoin: antalgiques, anti-inflammatoires…
•Prévention d’une grossesse
•Prévention/traitement des IST (VIH, VHB, VHC, Syphilis, Chlamydia…)
•Fixer un planning de suivi de la victime : donner des RV de suivi

RÉDACTION DU CERTIFICAT MÉDICAL


Le médecin devra délivrer un certificat médical tout en respectant les règles de rédaction (cf rédaction CM). Il est demandé au médecin de fournir les éléments qui permettront au juge de retenir ou de ne pas retenir le viol.

Enfin, le médecin ne doit pas ignorer qu’il a l’obligation de faire un signalement s’il s’agit d’un mineur de 15 ans ou d’un majeur incapable; le signalement ne peut se faire qu’avec l’accord de la victime s’il s’agit d’une personne majeure.

Auteur: Dr Amadou SOW; dramadousow@gmail.com

SELON LE DG DE L’OMS LA COUVERTURE SANITAIRE UNIVERSELLE EST UN CHOIX POLITIQUE

SELON LE DG DE L’OMS LA COUVERTURE SANITAIRE UNIVERSELLE EST UN CHOIX POLITIQUE

Remarques du Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS, lors d’un événement organisé en marge du Forum politique de haut niveau en 2017 aux Nations Unies.

« C’est un plaisir d’être avec vous aujourd’hui. C’est l’un des événements les plus importants auxquels je participerai cette semaine à New York. Comme vous le savez, je considère la couverture sanitaire universelle comme la première des priorités pour l’OMS. Comme je l’ai dit à de nombreuses reprises, tous les chemins mènent à elle.

À mes yeux, c’est une question d’éthique. Acceptons-nous que notre prochain puisse mourir parce qu’il est pauvre? Ou que des millions de familles soient acculées à la pauvreté du fait de dépenses de santé catastrophiques et du manque de protection contre le risque financier? Ce sont des questions très importantes.

Comme vous le savez, aujourd’hui plus de 400 millions de personnes n’ont pas accès aux services de santé essentiels et 40% de la population mondiale n’a pas de protection sociale.

Un droit humain fondamental est donc refusé à toutes ces personnes.

C’est pourquoi, il est si important que la couverture sanitaire universelle soit incluse dans le Programme de développement durable. En effet, c’est la pièce centrale des cibles des objectifs de développement durable relatives à la santé. Si les pays choisissent d’investir pour progresser vers la couverture sanitaire universelle, ils bâtissent la fondation pour progresser vers toutes les autres cibles sanitaires et les autres objectifs, comme l’élimination de la pauvreté, l’égalité des sexes, le travail décent, la croissance économique et d’autres encore.

Je sais, de par mon expérience personnelle, que tous les pays ont la possibilité d’instaurer la couverture sanitaire universelle. C’est principalement une question de volonté politique.

Aujourd’hui, des collègues de l’OMS ont publié un article montrant que, même avec des revenus nationaux de faible niveau, les pays peuvent progresser. De fait, de nombreux pays à différents stades du développement économique ont instauré la couverture sanitaire universelle.

Comme je l’ai déjà mentionné, cela montre que le défi à relever est plus de nature politique qu’économique.

Il y a 10 jours, lors du G20, les dirigeants du monde ont publié le communiqué de 2017 et c’était la première fois que l’OMS était invitée au Sommet du G20 à l’issue duquel ils ont déclaré, je cite, qu’ils rappelaient que la couverture sanitaire universelle est un objectif adopté dans le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et qu’ils reconnaissent que de robustes systèmes de santé sont importants pour faire face efficacement aux crises sanitaires. Ils appellent les Nations Unies à maintenir la santé mondiale en tête de l’agenda politique et s’efforcent d’agir en coopération pour renforcer les systèmes de santé dans le monde.

C’est un appel à l’action qui nous concerne tous.

Comment l’OMS va-t-elle donc aider les pays à parvenir à la couverture sanitaire universelle? C’est une autre question très importante.
Nous savons que chaque pays a ses besoins propres et uniques. Nous catalyserons l’engagement proactif et le plaidoyer auprès des structures politiques mondiales, régionales et nationales, ainsi que des dirigeants, chefs d’État ou parlements nationaux.

Nous aiderons les pays à savoir où ils en sont en matière de CSU par rapport aux autres en comparant leurs réalisations.

Nous documenterons les meilleures pratiques pour montrer aux pays ce qui a bien marché ailleurs et ce qui pourrait leur convenir. Et c’est des pays qu’ils considèrent dans une situation comparable qu’ils tireront les meilleurs enseignements.
Et nous fournirons une assistance technique, sur la base des besoins spécifiques des pays, pour l’ensemble des objectifs de développement durable relatifs à la santé.
Les retombées de ces investissements vont au-delà de la santé et concernent aussi la pauvreté.

Les retombées potentielles sont énormes. Ce sont les enfants qui survivent au-delà de leur cinquième anniversaire parce qu’ils ont été vaccinés. Ce sont les femmes capables de lancer une petite entreprise parce qu’elles ne dépensent pas tout leur capital pour les soins. Ce sont les hommes qui ne meurent pas prématurément à cause de maladies non transmissibles.

Nombre d’entre nous reviendrons ici à New York pour l’Assemblée générale en septembre. Saisissons cette occasion pour améliorer et transformer la santé mondiale. Faisons de la couverture sanitaire universelle une réalité pour tous.

Merci. »

Source: www.who.int/dg/speeches/2017/universal-health-c

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