Entretien avec M. Mouhamed Mahi SY, Directeur des Systèmes d’Information de l'ANACMU

· 22 juin 2021
Entretien avec M. Mouhamed Mahi SY, Directeur des Systèmes d’Information de l'ANACMU Article

 L’agence de la CMU à travers son Système d’Information de Gestion Intégrée de la Couverture Maladie Universelle (SIGICMU) veut s’adapter à l’ère du numérique. Un système qui permettra d’optimiser le temps mais surtout de permettre aux sénégalais de bénéficier d’une meilleure prise en charge médicale avec le dossier patient informatisé. Le directeur du système d’information de l’agence de la couverture maladie universelle, M. Mohamed Mahi Sy, nous parle des objectifs, des avantages, des réalisations et des défis que compte relever ce grand projet qui entend révolutionner le système sanitaire sénégalais.


InfomedPouvez-vous nous présenter le SIGICMU ? 

M. Mahi SY – Le SIGICMU (Système d’Information de Gestion Intégrée de la Couverture Maladie Universelle) est le dispositif qui va permettre d’informatiser la relation entre toutes les parties prenantes de la couverture maladie au Sénégal. Ce système est composé de six modules.

Le premier module appelé le Sibio est le système d’identification biométrique. Il a pour objectif de pouvoir identifier tous les bénéficiaires de la CMU. Le Sibio est aussi un dispositif qui permet d’équiper les services de santé puisque toutes les prestations s’effectuent au niveau de ces structures.

On a déployé à côté du système d’identification biométrique, un système de facturation qui va permettre de digitaliser le traitement des factures de la CMU.

Le système d’identification biométrique communique directement avec le système de facturation qui à son tour communique avec un troisième module appelé le système de gestion de l’assurance maladie (GESTAM).

A côté du GESTAM destiné aux assureurs, on a une application mobile sous le nom de « le SAMACMU ». Cette application mobile, destinée à tous les sénégalais, est le point de jonction entre le bénéficiaire, les structures de santé et son assureur.

En outre, nous avons une autre application, « le SUNUCMU », qui est une plateforme de collecte électronique des cotisations et du financement participatif de la CMU.

Enfin, le dernier module constitue l’entrepôt des données inter-régime qu’on appelle le « Data warehouse » de la CMU. C’est un dispositif qui nous permet de mettre en commun les bases de données de tous les bénéficiaires des différents régimes offrant une couverture maladie au Sénégal. Par ces différents régimes, je veux indiquer l’imputation budgétaire, les IPM (institution de prévoyance maladie) à travers l’ICAMO (institution de coordination de l’assurance maladie obligatoire), l’IPRES (institution de prévoyance retraite du Sénégal), les assureurs privés et enfin la CMU avec les mutuelles de santé communautaires.

Ces données mises en commun nous servent de référentiel permettant à l’Etat du Sénégal de disposer d’un puissant outil de ciblage et d’aide à la décision. Dans cet entrepôt de données, sont stockées toutes les prestations effectuées par les différents acteurs et envoyées aux régimes d’assurance maladie. Ces données au niveau macro agrégées nous donnent un puissant outil d’aide à la décision.

Voilà les six différents modules qui forment le SIGICMU.

« Au Sénégal, il y a plus de mille cinq cents postes de santé, soixante dix neuf districts sanitaire, trente-sept hôpitaux… »

Maintenant pourquoi le SIGICMU ?

Parce que jusque-là le programme fonctionnait manuellement. Imaginez qu’au Sénégal, il y a plus de 1500 postes de santé, 79 districts sanitaires et 37 hôpitaux qui envoient des rapports mensuels à la CMU.

Ces rapports sont de quatre ordres : il y a un rapport sur l’initiative de gratuité des soins pour les enfants âgés de moins de cinq ans parce que c’est l’agence de la CMU qui rembourse les prestations effectuées pour ces enfants. Il y a les gratuités de la césarienne, de la dialyse et aussi du plan sésame.

Ainsi ce sont c’est quatre rapports que nous recevons par mois et par structure de santé.

« L’informatisation permet de raccourcir les délais de traitement des factures »

Ce même volume arrive ici au niveau de l’agence pour qu’on le traite et très souvent l’acheminement de ces factures au service régional prend du temps. Parfois les districts prennent un an avant d’envoyer leurs rapports au service régional de la CMU. Après avoir fait le traitement, le service régional envoie au niveau national pour qu’on puisse faire les contrôles nécessaires et effectuer le règlement. Forcément, tous ces délais cumulés retardent les paiements destinés aux différentes structures de santé du pays.

Cette situation pose des problèmes de trésorerie à ces structures de santé. Donc les dettes de la CMU que vous entendez sont principalement dues au système de travail et de traitements des données qui a été mis en place. Par conséquent, l’informatisation permet déjà de raccourcir les délais de traitement des factures car ils se font maintenant en temps réel.

L’avantage c’est qu’avec la digitalisation, il y a beaucoup de traitements que l’on faisait, tels que le contrôle arithmétique et aussi le contrôle sur l’éligibilité des prestations qui nous ont été facturées entre autres, mais qui ne se font plus. Maintenant, c’est la machine qui s’en charge. Ainsi, ça facilite les traitements, améliore leurs performances et raccourcit les délais de traitement et de mise à disposition des ressources au niveau des structures de santé. Cela règle aujourd’hui le gros problème de paiements dans les relations entre la CMU et les structures de santé.

L’autre problème que la digitalisation règle c’est qu’en tant que structure acheteuse de soins, nous avons besoin d’avoir la garantie de l’effectivité des prestations qui nous sont facturées. C’est pour cela que le couplage avec le système d’identification biométrique nous permet de savoir que toutes les factures qui nous ont été envoyées sont réellement prestées parce que le système de facturation ne peut se déclencher que si la personne a été bel et bien identifiée.

L’autre avantage c’est pour les assureurs car l’assurance maladie gère les risques. En effet, sans informatisation du système, il est très difficile de savoir exactement combien on a encaissé et combien de charges pourront venir le mois prochain. L’informatisation nous permet également de savoir si ce qu’on a collecté comme cotisations pourra supporter les prestations de nos assurés.

« Avec la digitalisation, on introduit la portabilité des prestations et aussi les moyens de paiement électronique »

Avec l’informatisation, il y a une meilleure gestion des assurés. Il y a aussi la portabilité des prestations. Avant, l’assurance ne s’appliquait qu’à la localité de souscription mais maintenant une personne peut se souscrire dans une localité et être traitée dans une autre localité. Par exemple, maintenant, une personne peut s’inscrire en Casamance à Ziguinchor et être consultée dans une structure de santé à Saint-Louis. Ainsi, dans n’importe quel établissement de santé partenaire, l’assuré(e) est reconnu(e) et pris(e) en charge. Après avoir effectué les services, cet établissement de santé envoie la facture des prestations à l’assureur qui la payera.

« Avec la digitalisation, on introduit les moyens de paiement électronique »

Avec la digitalisation, les moyens de paiement électronique sont également utilisés. Ainsi, c’est l’occasion de parler de la plateforme qu’on appelle « SUNUCMU » qui permet non seulement le règlement des prestations mais également le règlement des cotisations.

Concrètement, le Sénégalais de la Diaspora peut à partir de l’Internet prendre en charge sa famille qui est restée au pays sans avoir à se déplacer.

Un autre avantage découlant de cette informatisation, c’est que la difficulté qu’on avait pour le ciblage des bénéficiaires au sein de la CMU va être définitivement réglée car les initiatives de gratuités sont destinées aux vulnérables et aux indigents. Cependant, il a été très souvent constaté qu’il y avait beaucoup d’abus au niveau des initiatives de gratuités. Alors, l’informatisation permet d’améliorer le ciblage des bénéficiaires de ces initiatives de gratuités.

Un autre avantage découlant de cette informatisation, c’est que la difficulté qu’on avait pour le ciblage des bénéficiaires au sein de la CMU va être définitivement réglée. Car les initiatives de gratuités sont destinées aux vulnérables et aux indigents. Mais très souvent on avait constaté qu’il y avait beaucoup d’abus au niveau des initiatives de gratuités. Et l’informatisation permet d’améliorer le ciblage des bénéficiaires de ces initiatives de gratuités.

« Le SIGICMU n’est pas juste un outil pour la CMU. C’est une plateforme nationale qui va permettre de renforcer et moderniser le système de santé. »

Maintenant c’est quoi vos objectifs ?

Le SIGICMU n’est pas juste un outil pour la CMU. C’est une plateforme nationale qui va permettre de renforcer et moderniser le système de santé au Sénégal.

Concrètement, dans le cadre du SIGICMU, on va équiper toutes les structures de santé et prendre en charge le matériel informatique car un de nos objectifs c’est d’interconnecter nos différentes structures de santé. Cela va poser les bases de la santé digitale et après mettre en œuvre le dossier patient qui rencontre beaucoup de problèmes car ne voyageant pas toujours avec le patient. Avec l’informatisation, le ministère de la santé pourra mettre en place le dossier patient informatisé et faire de sorte que les médecins, partout où le malade se présente, puissent accéder à son dossier médical c’est-à-dire qu’ils auront accès directement aux antécédents médicaux du patient. Ainsi, ils connaitront le groupe sanguin du malade et son historique de santé.

L’avantage c’est, par exemple, quand il y a un besoin aux services d’urgences, il suffit juste d’avoir le numéro de la carte d’identité nationale du patient pour accéder de façon sécurisée et directe à son dossier pour avoir toutes les informations nécessaires.

Le digital va permettre aujourd’hui de sauver des vies. Dans plusieurs pays du monde, c’est l’assurance maladie qui a porté la modernisation du système de santé. Les transformations digitales font partie de nos objectifs essentiels avec le SIGICMU qui sera la rampe de lancement de ces transformations digitales du système de santé au Sénégal.

« On a 1250 kits qui sont des tablettes, des lecteurs, de panneaux solaires, des modems 4G et aussi des batteries de secours power bank »

Comment est-ce que ce projet ambitieux est financé par rapport au développement des applications et de l’acquisition de matériels ?

On a deux volets : il y a une partie issue du budget de l’agence et il y a une grosse partie qui est issue de nos partenaires.

La banque mondiale a financé l’acquisition du matériel. On a 1250 kits qui sont des tablettes, des lecteurs,

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